Les données publiées cette semaine par la division Prime Services de Goldman Sachs constituent l’un des signaux de réduction du risque les plus marquants documentés en plus d’une décennie de suivi systématique. À l’échelle mondiale, les fonds spéculatifs ont réduit leur exposition nette aux actions à un rythme jamais observé depuis 2008 — 24,1 milliards de dollars de ventes nettes d’actions en une seule semaine, le rythme de liquidation le plus rapide en 13 ans.
Ce que révèle le Prime Book de Goldman
Le Prime Book de Goldman agrège le positionnement des fonds spéculatifs sur l’ensemble des clients qui compensent et passent par le prime brokerage de Goldman Sachs — soit environ 35 à 40 % de l’univers total des hedge funds. Lorsque ces données font apparaître un positionnement extrême, elles constituent l’un des indicateurs avancés les plus fiables des revirements de sentiment institutionnel.
Les dernières données révèlent :
- Des ventes nettes de 24,1 milliards de dollars en une seule semaine — le chiffre de liquidation hebdomadaire le plus élevé depuis au moins 2013
- Les fonds long-short ont réduit leur exposition brute de 12 % en cinq séances de Bourse, la réduction la plus rapide depuis le krach lié au COVID de mars 2020
- La technologie et les semi-conducteurs ont mené les ventes, avec une exposition notionnelle nette réduite de 8,2 milliards de dollars
- Les fonds macro et CTA sont passés nets vendeurs sur le S&P 500 pour la première fois depuis novembre 2022
- Les positions longues sur l’énergie ont été le seul secteur à enregistrer des entrées nettes, le pétrole au-dessus de 111 $ attirant les capitaux de momentum
Le contexte macroéconomique
Le déclencheur n’est pas un événement unique mais une conjonction de facteurs. Le conflit iranien, qui propulse le pétrole Brent au-delà de 111 $, a ressuscité le scénario de stagflation — l’environnement macroéconomique le plus dommageable pour un positionnement acheteur sur les actions. Les flambées des prix du pétrole renchérissent les coûts des intrants dans toute l’économie, compriment les marges et réduisent simultanément le pouvoir d’achat des consommateurs. Dans le même temps, elles plongent les banques centrales dans la paralysie : baisser les taux risque d’attiser l’inflation, tandis que les maintenir risque de faire basculer une économie qui s’affaiblit dans la récession.
Les stratèges de Goldman notent dans le commentaire de leur Prime Book que la configuration actuelle ressemble à la fin de l’année 2022 — lorsque les fonds spéculatifs avaient de même réduit le risque face à un environnement macroéconomique qui se détériorait, avant ce qui s’est révélé être une correction substantielle.
Comparaisons historiques
Le chiffre de liquidation hebdomadaire de 24,1 milliards de dollars dépasse la réduction du risque observée lors :
- du choc de la dévaluation chinoise d’août 2015 (pic de ventes hebdomadaires de 18,3 milliards $)
- de l’explosion de la volatilité de février 2018 (16,7 milliards $)
- des craintes liées au revirement de la Fed d’octobre 2018 (19,1 milliards $)
- du choc de l’IPC de juin 2022 (21,4 milliards $)
Seul le krach lié au COVID de mars 2020 a connu des flux hebdomadaires comparables — et il s’agissait alors de liquidations forcées dues à des appels de marge, et non d’une réduction délibérée du risque.
Ce que cela signifie pour les marchés
Deux récits contradictoires émergent. La lecture baissière : les investisseurs institutionnels ont conclu que le rapport rendement-risque actuel des actions est défavorable. La lecture à contre-courant : une réduction agressive du risque par les institutionnels crée les conditions de rebonds marqués. Lorsque l’« argent intelligent » a déjà vendu, la pression vendeuse systématique à venir est moindre.
BMI surveille deux indicateurs clés : la structure par terme du VIX (actuellement inversée, signalant une prime de peur à court terme) et le ratio de levier brut du Prime Book de Goldman (désormais à 1,8x, son plus bas niveau depuis le premier trimestre 2020). Une stabilisation du levier brut constituerait le premier signal que la réduction du risque par les institutionnels est épuisée.
Implications pour les portefeuilles
Les épisodes de liquidation des fonds spéculatifs sont généralement ponctuels, et non durables. La question la plus importante est de savoir si le catalyseur macroéconomique — le conflit iranien et son impact sur le pétrole et l’inflation — est temporaire ou structurel.
Notre scénario central : le conflit iranien crée une fenêtre de 3 à 6 mois de volatilité élevée et d’appétit pour le risque réduit. Les secteurs les plus exposés à la compression des marges (consommation discrétionnaire, transport, industrie) font face à une pression continue. L’énergie et les matières premières demeurent les principaux bénéficiaires.
Cette analyse ne constitue pas un conseil en investissement.
Essayez TradingView gratuitement pendant 30 jours
Profitez en plus de 15 $ de réduction sur votre premier abonnement via ce lien.


