Wall Street signe son meilleur trimestre depuis 2020 — place au plus dur : records, une Fed offensive et un rapport sur l’emploi qui peut tout changer

Wall Street signe son meilleur trimestre depuis 2020 — place au plus dur : records, une Fed offensive et un rapport sur l’emploi qui peut tout changer

Le meilleur trimestre depuis 2020, arraché à la peur

Il faut parfois reculer d’un cran pour mesurer ce qui vient de se produire. Le deuxième trimestre 2026 restera dans les annales comme le meilleur pour les grands indices américains depuis le rebond post-pandémie du deuxième trimestre 2020. Le S&P 500 a bondi de 14,8 % sur ces trois mois pour clôturer le 30 juin à 7 449,36 points, portant sa performance depuis le début de l’année à 9,55 %. Le Nasdaq Composite a fait mieux encore, avec un gain trimestriel de 21,4 %, sa plus forte progression depuis ce même deuxième trimestre 2020, terminant à 26 213,72 points, soit 12,79 % de hausse sur l’année. Le Dow Jones, plus pondéré vers l’économie traditionnelle, a lui gagné 12,9 %, son meilleur trimestre depuis le quatrième trimestre 2022 et son meilleur premier semestre en cinq ans, avec une clôture le 30 juin à 52 319,20 points, une deuxième clôture record consécutive après un gain de 136 points sur la seule séance.

Ces chiffres, alignés froidement, donnent l’image d’une marche triomphale et régulière vers les sommets. La réalité vécue par les investisseurs fut tout autre. Ce trimestre a été l’un des plus éprouvants de mémoire récente, traversé de secousses qui, prises isolément, auraient pu suffire à faire dérailler une année entière. C’est précisément ce contraste entre un parcours chaotique et une destination glorieuse qui rend ce bilan à la fois remarquable et inquiétant. Les marchés ont encaissé, digéré, rebondi. Mais la manière dont ils l’ont fait, et surtout ce qui les attend dès cette semaine, invite à tempérer sérieusement l’euphorie des tableaux de performance.

Un parcours semé d’embûches

Rappeler le chemin parcouru éclaire la nature exacte de ce trimestre. Le printemps 2026 n’a pas été un long fleuve tranquille. Trois chocs distincts sont venus frapper les places financières, chacun capable à lui seul de déclencher une correction durable. Le premier fut une peur soudaine autour des dépenses d’investissement dans l’intelligence artificielle. Après des mois d’enthousiasme sans réserve pour le capex des géants technologiques, le marché a brutalement commencé à s’interroger sur le retour sur investissement de ces sommes colossales englouties dans les centres de données et les puces. La correction fut vive : autour du 27 juin, le Nasdaq a perdu près de 4,6 % sur une seule semaine, effaçant en quelques séances une partie des gains patiemment accumulés.

Le deuxième choc est venu de la géopolitique, avec un conflit au Moyen-Orient impliquant l’Iran qui a fait flamber les cours du pétrole et ravivé le spectre d’une inflation importée par l’énergie. Le troisième, plus discret mais tout aussi structurant, fut un choc sur les coûts des mémoires et des puces, une tension sur les chaînes d’approvisionnement des semi-conducteurs qui a pesé sur les marges anticipées de tout un pan de l’industrie technologique. Trois nuages simultanés, donc, et pourtant les indices ont trouvé la force de se redresser en fin de trimestre pour clôturer sur ou près de leurs records. On pourrait résumer ce trimestre d’une formule : le meilleur depuis 2020, en dépit de la guerre en Iran. Cette résilience impressionne. Elle interroge aussi. Car un marché qui monte malgré tout finit parfois par ne plus distinguer les vrais risques des faux, et par se persuader qu’aucune mauvaise nouvelle ne peut réellement l’atteindre.

Le détail des chiffres

Prenons le temps de disséquer les données, car elles racontent une histoire plus nuancée qu’un simple palmarès. Le S&P 500 et ses 14,8 % de hausse trimestrielle offrent une lecture large de la santé du marché américain. Mais c’est le Nasdaq, avec ses 21,4 %, qui capte l’essence de la période : une rotation puissante vers la technologie, portée par la thématique de l’intelligence artificielle malgré la frayeur de fin juin. Le Dow Jones, plus terne en apparence avec ses 12,9 %, signe pourtant sa meilleure performance depuis plus de trois ans et son meilleur premier semestre depuis un lustre, ce qui témoigne d’un mouvement plus large que le seul secteur technologique.

La première séance de juillet a prolongé cette dynamique. Le 1er juillet 2026, le Nasdaq a gagné 1,52 %, le S&P 500 0,52 % et le Dow Jones 0,27 %. Ce sont une nouvelle fois les fabricants de puces qui ont mené la danse : Nvidia a progressé de 2,6 %, AMD de 7,7 %, Intel de 6 %, SanDisk de 10,9 % et Marvell de 7,3 %. Cette concentration du leadership sur les semi-conducteurs est à double tranchant. Elle confirme que le récit de l’intelligence artificielle reste le moteur principal des indices, mais elle rappelle aussi que la performance repose sur un socle étroit de valeurs, ce qui accroît la vulnérabilité de l’ensemble en cas de retournement de ce thème dominant.

Or, en toile de fond de ces records boursiers, un autre jeu de chiffres dessine un tableau moins rassurant. Le rendement du Trésor américain à dix ans est monté à 4,46 %, un niveau qui traduit une nervosité obligataire persistante. Les offres d’emploi mesurées par l’enquête JOLTS ont atteint leur plus haut niveau depuis deux ans, signe d’un marché du travail toujours robuste. Ces données, solides en apparence, alimentent une conviction de plus en plus répandue : la Réserve fédérale pourrait être contrainte de relever ses taux plus tard en 2026, et non de les abaisser comme on l’espérait il y a encore quelques mois.

Quand la bonne santé devient un problème

C’est là que réside le paradoxe central de ce début d’été. L’inflation sous-jacente mesurée par l’indice PCE, l’indicateur privilégié de la Fed, est montée à 3,4 % sur un an en mai, son plus haut niveau depuis octobre 2023. Face à cette accélération, la Réserve fédérale a relevé sa propre projection d’inflation sous-jacente pour 2026, la faisant passer de 2,7 % à 3,3 %. En quelques semaines, le consensus de marché a basculé : d’anticipations de possibles baisses de taux, on est passé à l’évocation de possibles hausses. Bank of America et d’autres maisons évoquent désormais jusqu’à trois relèvements sur l’année.

Ce basculement doit beaucoup à un changement d’homme à la tête de l’institution. Le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, est réputé pour son orientation offensive, résolument hawkish. Sa première réunion à la barre a rendu les investisseurs bien plus sensibles à chaque publication de données macroéconomiques, chaque chiffre étant désormais scruté à l’aune d’une banque centrale prête à durcir le ton. Dans ce contexte, une logique perverse s’installe, que les vétérans des marchés connaissent bien : les bonnes nouvelles économiques deviennent de mauvaises nouvelles pour les actions. Une économie qui tourne à plein régime, un emploi vigoureux, une consommation soutenue, tout cela renforce la main de la Fed pour relever les taux, ce qui pèse mécaniquement sur les valorisations. Le marché se retrouve ainsi à espérer un ralentissement, situation inconfortable où la prospérité elle-même devient suspecte.

Ce paradoxe explique pourquoi le rendez-vous de cette semaine cristallise toutes les tensions. Jeudi 2 juillet, avancé d’une journée en raison du férié du 4 juillet, sera publié le rapport sur l’emploi américain pour le mois de juin, avec les fameux chiffres des emplois non agricoles. Le consensus tourne autour de 87 000 à 115 000 créations de postes, un net ralentissement par rapport aux quelque 172 000 de mai, tandis que le taux de chômage est attendu près de 4,3 %. Un chiffre fort renforcerait les paris sur trois hausses de taux et pourrait doucher l’optimisme boursier. Un chiffre faible, à l’inverse, ranimerait l’espoir de baisses et soulagerait les marchés. Rarement une statistique aura autant concentré l’attention, et rarement la relation entre l’économie réelle et la Bourse aura été aussi contre-intuitive.

Impact sur les marchés et les secteurs

La configuration actuelle dessine une hiérarchie sectorielle assez claire, même si elle demeure fragile. Les semi-conducteurs et plus largement la technologie liée à l’intelligence artificielle restent le cœur battant de la hausse, comme l’a encore illustré la séance du 1er juillet. Mais cette domination s’accompagne d’une sensibilité accrue aux taux longs. Les valeurs de croissance, dont les bénéfices sont projetés loin dans le futur, souffrent davantage d’une remontée des rendements obligataires, puisque ces flux futurs sont actualisés à un taux plus élevé. Un dix ans à 4,46 % qui poursuivrait son ascension constituerait un vent contraire pour les multiples de valorisation les plus tendus.

À l’inverse, un environnement de taux durablement plus hauts tend à favoriser certains secteurs plus défensifs ou plus sensibles au cycle des taux, comme la finance, qui bénéficie de marges d’intérêt élargies. La rotation observée en fin de trimestre, avec des flux se déplaçant des valeurs technologiques les plus chères vers des segments plus défensifs lors de l’épisode de peur autour du capex de l’IA, pourrait resurgir si le rapport sur l’emploi de jeudi venait à confirmer le scénario de hausses de taux. Pour l’investisseur, la leçon de ce trimestre est que le leadership de marché peut se déplacer brutalement, et qu’une concentration excessive sur un seul thème expose à des retournements violents.

Il convient aussi de noter le mouvement du yen japonais, tombé à un nouveau plus bas de quarante ans. Cette faiblesse de la devise nippone, si elle peut sembler périphérique, alimente les stratégies de portage et exerce une influence diffuse sur les flux de capitaux mondiaux, rappelant que les grands équilibres monétaires ne se limitent pas au duel entre le dollar et les taux américains.

L’Europe et les valeurs à suivre pour l’investisseur français

De ce côté de l’Atlantique, le tableau est solide et, surtout, il repose sur une dynamique monétaire différente qui mérite toute l’attention de l’investisseur francophone. Le STOXX 600 a gagné environ 9 % sur le trimestre, sa meilleure performance depuis octobre 2020, tandis que l’Euro STOXX 50 a atteint un record proche de 6 326 points. Le point décisif tient à l’inflation : les chiffres de juin, plus faibles qu’attendu en Allemagne, en France et en Italie, ont laissé la Banque centrale européenne sur une trajectoire de baisse ou de stabilité de ses taux. Autrement dit, là où la Fed de Kevin Warsh se prépare à durcir, la BCE conserve une main bien plus accommodante. Cette divergence transatlantique est l’une des clés de lecture les plus importantes du semestre pour un portefeuille européen.

À Paris, le CAC 40 et Euronext ont signé un premier semestre solide, évoluant à proximité de leurs records. Cette bonne tenue s’appuie sur une diversité de moteurs. Dans la technologie et les semi-conducteurs, STMicroelectronics et Soitec sont directement exposés au cycle des puces qui anime Wall Street, tandis que Schneider Electric bénéficie de l’électrification et de l’équipement des centres de données. Capgemini et Dassault Systèmes incarnent le versant logiciel et services de la vague numérique, avec une sensibilité, comme leurs homologues américaines, aux niveaux des taux longs. Thales, dans la défense et l’aérospatiale, reste porté par un contexte géopolitique tendu, tandis que TotalEnergies profite des soubresauts du pétrole liés aux tensions moyen-orientales. Air Liquide offre un profil plus défensif et régulier, Sanofi apporte l’exposition santé, et LVMH demeure le baromètre du luxe et de la demande mondiale haut de gamme.

Pour l’investisseur français, ce contexte invite à une lecture posée plutôt qu’à des réflexes hâtifs. Le cadre de l’enveloppe fiscale reste un paramètre à intégrer sereinement : un PEA permet, sous conditions de durée de détention, d’optimiser la fiscalité sur les actions européennes éligibles, tandis que le prélèvement forfaitaire unique, la flat tax de 30 %, s’applique par défaut aux revenus et plus-values de valeurs mobilières hors dispositifs particuliers. Ces éléments ne changent rien à l’analyse de fond des marchés, mais ils rappellent que la structure de détention pèse sur le rendement net, un point d’autant plus pertinent que la divergence de politique monétaire pourrait redonner un attrait relatif aux actions de la zone euro.

Les risques et les contre-arguments

Il serait imprudent de célébrer ce trimestre sans en peser les fragilités. Le premier risque est celui d’un marché qui a peut-être appris la mauvaise leçon. À force de rebondir après chaque secousse, les investisseurs pourraient avoir intériorisé l’idée qu’aucun choc n’est durable et que tout repli constitue une occasion d’achat. Cette confiance, si elle se transforme en complaisance, rend le marché vulnérable à une désillusion brutale le jour où une mauvaise nouvelle ne serait pas immédiatement digérée. La séquence de fin juin autour du capex de l’IA a montré que la peur peut resurgir vite et fort ; rien ne garantit que le prochain épisode se refermera aussi rapidement.

Le deuxième risque est macroéconomique et il est concentré sur cette semaine. Si le rapport sur l’emploi de jeudi confirme un marché du travail robuste, la perspective de trois hausses de taux se renforcera, et il n’est pas certain que des indices déjà proches de leurs records puissent absorber sans dommage un tel resserrement des conditions financières. Un dix ans qui grimperait au-delà de 4,46 % remettrait en cause les valorisations les plus élevées, précisément dans les secteurs qui ont porté la hausse. Le troisième risque est structurel : la concentration du leadership sur une poignée de valeurs de semi-conducteurs signifie que la santé apparente des indices masque une base étroite. Si le récit de l’intelligence artificielle venait à se fissurer davantage, la correction pourrait être disproportionnée par rapport au déclencheur.

À ces arguments prudents, on peut opposer des contre-arguments légitimes. La vigueur des bénéfices des entreprises technologiques n’est pas un mirage, et les investissements massifs dans l’infrastructure de l’IA correspondent à une transformation économique réelle. L’économie américaine fait preuve d’une résilience qui, si elle complique la tâche de la Fed, témoigne aussi d’une demande solide. Et la divergence avec une BCE plus accommodante offre aux marchés européens un coussin dont ne bénéficient pas leurs homologues américains. La vérité se situe probablement entre ces deux lectures, ce qui justifie ni la panique ni l’euphorie.

Perspectives

Le deuxième trimestre 2026 laisse les marchés au sommet d’une côte gravie dans la tempête, avec la satisfaction du chemin parcouru et l’inquiétude de ce qui se profile. Les records du S&P 500, du Nasdaq et du Dow Jones sont bien réels, tout comme la meilleure performance depuis 2020. Mais la nature de ce trimestre, faite de rebonds successifs après des chocs multiples, révèle un marché à la fois résilient et tendu, capable d’ignorer les mauvaises nouvelles jusqu’au jour où il ne le pourra plus.

La semaine qui s’ouvre concentre l’incertitude. Le rapport sur l’emploi de jeudi tranchera, au moins provisoirement, entre le scénario des hausses de taux et celui d’un assouplissement à venir, dans un climat où la bonne santé économique est devenue paradoxalement suspecte. La présence de Kevin Warsh à la tête de la Fed ajoute une couche de fermeté qui rend chaque donnée plus lourde de conséquences. Pour l’investisseur, notamment européen, la période invite moins à courir après les records américains qu’à considérer avec attention la divergence des politiques monétaires, la solidité relative des marchés de la zone euro et la nécessité d’une allocation qui ne repose pas sur la seule conviction que le passé récent se répétera. Les trois mois écoulés ont prouvé que les marchés savent surmonter beaucoup. Les jours qui viennent diront s’ils savent aussi accepter que la prospérité, parfois, se paie au prix de taux plus élevés.

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Daniel Herzog
AUTEUR

Daniel Herzog

Fondateur de Butterfly Market Insider

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