WorldCom
Fraude comptable de 11 milliards de dollars — la plus importante de l’histoire américaine (jusqu’à Madoff).
Chronologie de la faillite
Ce qui s’est réellement passé
À la fin des années 1990, WorldCom était la deuxième plus grande entreprise de télécommunications des États-Unis — seul AT&T était plus important. Bernie Ebbers, ancien gérant d’hôtel originaire du Mississippi, avait bâti le groupe à coups de plus de 60 acquisitions, dont le méga-rachat de MCI pour 40 milliards de dollars (1998). Action à 64,50 $, capitalisation boursière de 180 milliards de dollars, 80 000 salariés dans le monde.
Le krach des télécoms de 2000-2001 a durement frappé WorldCom. Au lieu de refléter la réalité au bilan, la direction a classé des frais d’acheminement d’appels — des coûts d’exploitation bien réels — en « dépenses d’investissement » (Capital Expenditure). Cela transformait des milliards de charges courantes en investissements amortis sur plusieurs années. Résultat : les bénéfices paraissaient bien plus élevés qu’ils ne l’étaient. Au total, environ 11 milliards de dollars ont été mal classés.
Cynthia Cooper, auditrice interne de WorldCom, a mis au jour la manipulation en mars 2002. En mai, la SEC a ouvert une enquête. Le 25 juin, WorldCom a reconnu 3,85 milliards de dollars de coûts « mal classés » — le chiffre est monté à 11 milliards de dollars au cours des mois suivants. Le 21 juillet 2002, WorldCom a déposé son bilan au titre du Chapter 11, alors la plus grande faillite de l’histoire américaine (dépassée seulement six ans plus tard par Lehman). Bernie Ebbers a été condamné à 25 ans de prison en 2005 et est décédé en 2020.
Les signaux d’alerte que tout le monde a ignorés
WorldCom était connu depuis des années comme une « machine à acquisitions » — une stratégie de croissance qui exige un accès permanent aux marchés de capitaux. Les marges d’exploitation avaient fortement chuté en 2001 alors que les bénéfices publiés affichaient toujours une croissance. Le ratio entre flux de trésorerie d’exploitation et résultat publié était anormal pendant plusieurs trimestres. Des vendeurs à découvert comme Doug Kass avaient signalé WorldCom dès 2000 comme « opérationnellement faible malgré son récit de croissance ».
Bernie Ebbers était lui-même un risque pour le bilan. Il avait nanti pour 400 millions de dollars d’actions WorldCom en garantie de prêts bancaires personnels. Lorsque l’action a chuté, les appels de marge sont tombés — incitant Ebbers à maintenir le cours de l’action. Ce montage (un PDG détenant des positions en actions massivement à effet de levier) est un signal classique de pratiques comptables agressives.
Ce que les investisseurs peuvent en retenir aujourd’hui
Premièrement : le classement comptable n’est pas anodin. La distinction entre charge d’exploitation et dépense d’investissement détermine le bénéfice publié. Quiconque lit un bilan doit vérifier en parallèle le tableau des flux de trésorerie — les flux de trésorerie d’exploitation sont plus difficiles à manipuler que les bénéfices publiés. Deuxièmement : les stratégies de croissance par acquisitions ont une fin. WorldCom pouvait acheter de la croissance par fusions-acquisitions tant que l’action était élevée. Une fois l’action en baisse, la monnaie d’acquisition a chuté avec elle. Troisièmement : les mises en gage d’actions par le PDG doivent être divulguées — et constituent un signal d’alarme.
Sources
- Wikipédia : WorldCom
- SEC Litigation Release WorldCom
- Cynthia Cooper — Extraordinary Circumstances (livre de lanceuse d’alerte)
- New York Times — Archives WorldCom
- CNN : comment WorldCom a dissimulé 3,8 Md$
