Goldman Sachs a publié des résultats du premier trimestre 2026 qui paraissent impressionnants sur le papier : un chiffre d’affaires de 17,23 milliards de dollars (+14 % sur un an), un BPA de 17,55 $ — nettement supérieur aux estimations du consensus de 15,80 $. Pourtant, l’action a reculé de 2,1 % dans les premiers échanges. Que se passe-t-il ?
Les chiffres en détail
Le pôle Actions a fait figure de vedette : avec 5,33 milliards de dollars de revenus, il a établi un nouveau record trimestriel — porté par une forte volatilité de marché et une intense activité de la clientèle sur les dérivés et le prime brokerage. Le pôle Taux, Devises et Matières premières (FICC), en revanche, a déçu avec seulement 850 millions de dollars, soit environ 18 % en dessous des attentes des analystes.
La banque d’investissement a affiché une croissance solide : les commissions de conseil en fusions-acquisitions ont progressé de 32 % sur un an pour atteindre 1,45 milliard de dollars, portées par un boom de la consolidation dans les secteurs de l’énergie et de la technologie. La gestion d’actifs et de fortune a crû à 3,79 milliards de dollars (+9 %).
Pourquoi le marché a-t-il réagi négativement ?
Trois facteurs expliquent la réaction négative du cours malgré de solides chiffres affichés :
1. La déception du FICC : le négoce obligataire ne fonctionne pas bien. Une courbe des taux plate et un resserrement des spreads compriment les marges. Comme le FICC est traditionnellement perçu comme une source de revenus stable et récurrente, sa faiblesse pèse davantage, dans la perception du marché, que le dépassement des attentes sur les Actions.
2. L’avertissement du PDG Solomon sur l’IA : lors de la conférence sur les résultats, le PDG David Solomon a déclaré que l’intégration de l’IA dans les processus des clients entreprises était « plus difficile et plus lente que ne l’attend le marché ». Ce commentaire a aussitôt été réinterprété comme un catalyseur pour les valeurs logicielles — et non pour Goldman.
3. Une valorisation premium comprimée : Goldman se négociait à un ratio cours/valeur comptable de 1,8x avant les résultats — le plus élevé depuis 2021. Lorsque les signaux sont mitigés, les actions chères réagissent de façon disproportionnée à la baisse.
L’effet domino : les valeurs logicielles s’envolent
Le commentaire de Solomon selon lequel la mise en œuvre de l’IA est plus lente que prévu a paradoxalement agi de façon positive sur les entreprises proposant des solutions dans ce domaine :
- Oracle (ORCL) : +10,2 % — le marché interprète « la mise en œuvre prend plus de temps » comme « davantage de travail de conseil et d’intégration pour les logiciels d’entreprise »
- Palantir (PLTR) : +4,3 % — les plateformes d’analyse de données sont vues comme des technologies de transition durant une adoption plus lente de l’IA
- ServiceNow (NOW) : +3,1 % — l’automatisation des processus, en tant que précurseur de l’IA, en profite
Perspectives : la saison des résultats se poursuit
Deux publications particulièrement importantes sont attendues cette semaine :
TSMC (TSM) — 17 avril : le plus grand fabricant de puces au monde précisera si le boom des puces d’IA se poursuit. Les analystes tablent sur un chiffre d’affaires de 25,1 milliards de dollars (+34 % sur un an). Un dépassement des attentes soutiendrait Nvidia, AMD et l’ensemble du secteur des semi-conducteurs.
Netflix (NFLX) — 18 avril : après un solide T4 2025 (+19 M de nouveaux abonnés), le T1 2026 montrera si l’offre financée par la publicité continue de croître. Attentes : +5 M d’abonnés, 10,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires.
Conclusion : qu’est-ce que cela signifie pour les valeurs bancaires ?
Goldman Sachs demeure fondamentalement solide. La faiblesse du FICC est cyclique, et non structurelle. Le pôle Actions démontre que Goldman tire profit de la volatilité — et la volatilité ne disparaîtra pas dans un environnement géopolitiquement tendu (crise pétrolière, tensions commerciales).
La correction actuelle de -2 % peut offrir un point d’entrée plus favorable aux investisseurs orientés moyen terme. À un ratio cours/valeur comptable raisonnable de 1,5–1,6x, Goldman serait 10 à 15 % moins chère qu’aujourd’hui.
Équipe de recherche BMI, 13 avril 2026
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