Le président Trump a annoncé jeudi un cessez-le-feu de 10 jours entre Israël et le Liban. Parallèlement, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran se poursuivent au sujet de la prolongation du cessez-le-feu qui doit expirer le 22 avril. Les marchés réagissent dans l’euphorie — le S&P 500 a effacé toutes les pertes liées à la guerre et évolue à des niveaux records.
Mais que signifie concrètement un éventuel accord de paix pour les différents secteurs et classes d’actifs ? Qui gagne, qui perd — et comment les investisseurs devraient-ils se positionner ?
Dans cette analyse, nous passons en revue chaque secteur pertinent et montrons ce qu’un accord avec l’Iran — ou son échec — signifie pour votre portefeuille.
Pétrole & énergie : le plus grand mouvement
Un accord durable avec l’Iran serait le catalyseur le plus baissier pour les prix du pétrole depuis la pandémie de COVID. Le WTI est déjà tombé de 117 $ à 93 $. Avec un accord complet et la réouverture du détroit d’Ormuz, le pétrole pourrait chuter à 70-75 $ — le niveau d’avant le conflit.
Gagnants d’une baisse du prix du pétrole : les compagnies aériennes (Delta, United, Ryanair), la logistique (FedEx, UPS, DHL), les biens de consommation (tout fabricant ayant des coûts de transport élevés), l’industrie chimique (BASF, Dow, Linde). Ces secteurs ont le plus souffert des prix élevés de l’énergie.
Perdants : les producteurs de pétrole (ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips) gagneraient nettement moins avec un pétrole à 70-75 $ qu’à 95-100 $. Mais ils ne sont pas en danger — la plupart des producteurs américains sont rentables même à 70 $. Les pertes sont relatives, pas absolues.
Les services pétroliers (Halliburton, Schlumberger, Baker Hughes) souffriraient le plus — quand les prix baissent, les budgets de forage baissent aussi.
Défense : la prime s’évapore
Les valeurs de la défense ont accumulé une importante « prime de guerre » depuis le début du conflit iranien. Lockheed Martin, Northrop Grumman et RTX ont déjà commencé à reculer à mesure que les espoirs de paix grandissaient.
Dans un scénario d’accord : attendez-vous à une baisse de 10 à 15 % du secteur de la défense. Mais à long terme, les budgets de défense restent élevés — les pays de l’OTAN augmentent leurs dépenses indépendamment du conflit iranien. Le repli constituerait une opportunité d’achat pour les investisseurs à long terme.
Tech & IA : le grand gagnant
Des prix du pétrole plus bas signifient une inflation plus faible, ce qui signifie que les baisses de taux se rapprochent. C’est le cocktail parfait pour les valeurs de croissance. Les chiffres records de TSMC montrent que la demande en IA est largement indépendante de l’environnement géopolitique.
De plus : des prix de l’énergie plus bas réduisent les coûts d’exploitation des centres de données — les plus grands consommateurs d’énergie de l’industrie technologique. Microsoft, Google et Amazon dépensent des milliards en électricité. Chaque dollar de moins par mégawattheure se répercute directement sur les marges.
Secteur financier : indirectement haussier
Des prix du pétrole plus bas réduisent le risque de récession. Moins de risque de récession signifie moins de défauts de crédit. JPMorgan et Citi viennent de montrer que les banques sont rentables — avec la baisse des prix de l’énergie, cela s’améliore encore.
Parallèlement : si la Fed peut baisser les taux, l’activité de fusions-acquisitions et le volume d’introductions en Bourse augmentent — deux sources de profit pour Goldman Sachs et Morgan Stanley.
Or & Bitcoin : signaux mitigés
L’or a profité de l’incertitude et se situe à 4 822 $. Un accord avec l’Iran réduirait à court terme la demande de « valeur refuge » — un repli vers 4 500-4 600 $ est possible. À long terme, l’or reste haussier en raison des niveaux d’endettement mondiaux.
Le Bitcoin se situe à 75 673 $ et a profité de la désescalade. Les particuliers qui reviennent sur le marché achètent aussi du crypto. Une paix durable serait haussière à court terme pour le Bitcoin.
Comment vous positionner
Scénario 1 — Un accord est conclu (probabilité de 60 %) : surpondérer la tech et les biens de consommation. Réduire l’énergie et la défense. Conserver l’or comme position à long terme, mais s’attendre à des vents contraires à court terme.
Scénario 2 — Échec des négociations (probabilité de 25 %) : conserver ou renforcer les positions sur l’énergie. La défense remonte. La tech subit des vents contraires liés à la hausse de l’inflation. L’or et le pétrole sont les gagnants.
Scénario 3 — Prolongation sans accord durable (probabilité de 15 %) : statu quo. Le marché reste dans une fourchette. La volatilité augmente à chaque actualité des négociations. Le mieux est d’attendre avec un portefeuille diversifié.
En résumé
Le 22 avril est la date décisive. D’ici là, le marché est en mode optimiste. Profitez du temps pour préparer votre portefeuille aux deux scénarios — et non pour tout miser sur une seule issue. Suivez le sentiment quotidien avec l’indice Fear & Greed.
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