Histoire de l’action Microsoft : le plus grand retour de la tech (MSFT)

L’histoire

Microsoft, c’est l’action qui cumule deux carrières dignes du Hall of Fame en une seule. Bill Gates et Paul Allen fondent l’entreprise en 1975 pour écrire un interpréteur BASIC destiné au kit Altair 8800 — le tournant survient en 1980, lorsqu’IBM cherche un système d’exploitation pour son futur IBM PC. Gates rachète un quasi-clone appelé 86-DOS pour $50,000, le concède sous licence à IBM, mais en conserve les droits. Ce fut l’affaire du siècle : tout fabricant de PC souhaitant la compatibilité IBM avait besoin de MS-DOS. Microsoft détenait un monopole logiciel sur le standard matériel le plus en expansion de l’histoire des affaires.

L’introduction en bourse de 1986 à $21 fait de Bill Gates un milliardaire dès le premier jour. Windows 3.0 (1990) et la suite Office (Word/Excel/PowerPoint) consolident le monopole. En 1995, Microsoft met en scène le lancement de Windows 95 avec une musique des Rolling Stones et des tournées de talk-shows — l’apogée de Microsoft. Puis vint Internet. Microsoft tarda à en percevoir l’importance, mais riposta avec Internet Explorer et remporta la guerre des navigateurs contre Netscape — ce qui mena au célèbre arrêt antitrust de 2000 et à un quasi-démantèlement. L’accord de 2001 laissa Microsoft intact, mais la magie avait disparu.

S’ensuivit la « décennie perdue ». De 2000 à 2013, l’action Microsoft fit du surplace — tandis qu’Apple, Google et Amazon dominaient la vague technologique suivante. Steve Ballmer, en tant que PDG, rata le mobile (Windows Phone), rata le social (aucune réponse à Facebook) et procéda à des acquisitions coûteuses comme Nokia, qu’il fallut déprécier. En février 2014, Satya Nadella est promu PDG. Sa première phrase aux salariés : « We need to be a cloud-first, mobile-first company. » En huit ans, Azure devint la deuxième plateforme cloud mondiale derrière AWS, Office devint Microsoft 365 (abonnement SaaS), et en 2019 débuta le partenariat avec OpenAI — ce qui, dès 2023/24, fit de Microsoft le premier choix parmi les hyperscalers de l’IA.

Ce qui l’a fait entrer au Hall of Fame

Le rempart concurrentiel de Microsoft réside dans son architecture en couches : licences Windows, Office, Active Directory au sein des entreprises, logiciels serveurs, cloud Azure, GitHub, LinkedIn — chaque couche renforce la suivante. Un responsable informatique d’entreprise qui maîtrise Windows apprend Azure plus rapidement. Un utilisateur d’Office devient utilisateur de Power Automate. Les coûts de migration ne reposent pas sur un seul produit, mais sur un ensemble, et cet ensemble s’élargit chaque année.

Le deuxième facteur est la transformation par l’abonnement. Microsoft a compris avant Adobe et avant Oracle que le logiciel en tant que service n’est pas seulement un mode de distribution différent, mais une économie différente : revenus récurrents prévisibles, multiples de valorisation plus élevés, moins de piratage, mises à jour continues. Office 365 a transformé 1,2 milliard d’acheteurs de licences Office en 400 millions d’abonnés mensuels. Cette seule conversion a doublé la valeur comptable par action.

Troisièmement : le coup de maître du partenariat avec OpenAI. Microsoft a investi $1B dans OpenAI en 2019, a porté ce montant à $10B+ en 2023, et a intégré GPT à Bing, à Office (Copilot), à GitHub (Copilot for Devs) et à l’API Azure. Résultat : tandis que des concurrents comme Google devaient bricoler a posteriori des stratégies d’IA, Microsoft bénéficiait d’un avantage de premier entrant auprès des entreprises. Azure OpenAI Service est devenu l’API de facto standard pour les entreprises du Fortune-500 qui ajoutent de l’IA à leurs flux de travail productifs.

Où en sont les choses en 2026

Microsoft s’échange près de ses plus hauts historiques en mai 2026. Le marché du cloud croît encore à deux chiffres, Azure continue de gagner des parts face à AWS, et l’adoption de Copilot au sein d’Office 365 constitue la plus grande histoire de monétisation logicielle de la dernière décennie. Risques : la vague de dépenses d’investissement dans l’IA engloutit plus de $80B par an — si la monétisation par charge de travail d’IA ne se concrétise pas, une compression des marges menace. La relation avec OpenAI est une dépendance mutuelle ; Microsoft ne capte pas pleinement le succès grand public d’OpenAI, comme ChatGPT.

La valorisation (35x P/E) est exigeante, mais pas extrême pour une entreprise affichant un ROIC de 30%+ et plusieurs vecteurs de croissance parallèles. Les cinq prochaines années constituent la phase critique : si Microsoft fait d’Azure-OpenAI la plateforme d’IA standard des entreprises, une capitalisation boursière de $5T est réaliste. Si des concurrents (Google Gemini, Amazon Bedrock) atteignent la parité, le multiple se normalise vers 25-28x.

Les enseignements pour l’investisseur

Trois leçons. Premièrement : une « décennie perdue » n’est pas une condamnation à mort — elle peut constituer le plancher de la vague suivante. Vendre Microsoft en 2013, c’était passer à côté d’une hausse de 12x jusqu’en 2024. Deuxièmement : les transitions de PDG sont le vecteur de capitalisation le plus sous-évalué. Nadella n’a inventé aucun produit — il a fait pivoter la boussole culturelle de « battre Linux » vers « aller à la rencontre des développeurs là où ils se trouvent ». Troisièmement : les investissements les plus chers sont parfois les moins coûteux. Les $13B de Microsoft dans OpenAI paraissaient insensés en 2023 ; avec le recul, il s’agit de l’une des meilleures allocations de capital de l’histoire des affaires.

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